Solidarité

Association Baptiste pour l'Entraide et la Jeunesse - ABEJ

« Une religion fidèle à sa nature doit aussi se préoccuper des conditions sociales de l'homme... Toute religion qui proclame son souci des âmes, mais ne se soucie pas des taudis qui condamne ces âmes, des conditions économiques qui les étranglent et des conditions sociales qui les paralysent, est une religion stérile et morte, une religion bonne à rien. »

Martin Luther King

 

Les Églises de la Fédération Baptiste ont depuis toujours eu le souci des plus fragiles. La solidarité est pour elles intrinsèque à l'Évangile. 

Très marquées par quelques grandes figures (il faut nommer au moins Philémon Vincent et Robert Farelly) de la fin du XIXè et de la première moitié du XXè siecle – surtout autour de la revue La Solidarité Sociale – un certain nombre d'actions et d'oeuvres baptistes s'illustrent particulièrement dans cette période.

Citons entre autres, tous liés à une Église baptiste : 

  • l’Orphelinat de Trémel, Œuvre de la Mission Evangélique Bretonne (1879)
  • les Foyers d’Accueil de Tergnier, Lens et Avion (1920)
  • les Ecoles de Vacances, centres Aérés avant l’heure (1922),
  • des Colonies de Vacances (Moulin Colas dans l’Yonne - 1924)
  • le dispensaire avec Consultations médicales et Service Social (Fraternité- Avenue du Maine - 1935)
  • Les Jeunes Témoins du Christ et leurs camps et colonies de vacances (1936)

 

La création de l'ABEJ

En 1945 la Fédération Baptiste sollicitée par la Mission Evangélique Bretonne pour la reprise de son Orphelinat, crée l’Association Baptiste pour l’Enfance et la Jeunesse. Elle marque ainsi sa volonté de :

 

  • mieux structurer ses activités en séparant juridiquement le travail social de l’activité strictement cultuelle (Obligation issue de la Loi de Séparation de l’Église et de l’Etat –Lois de 1901 et 1905),

  • se doter d’une structure lui permettant d’intégrer par la suite de nouvelles actions,.

  • et d’en faire un outil de gestion, avec une vue clairement centralisatrice.

Les premiers pas

Sous l’impulsion de Roger et Alice BRABANT - et non sans difficultés dans cet immédiat après guerre- LE FOYER de Trémel se développe : Maison permanente pour enfants en difficulté, soutenue en particulier par les dons d’Églises anglaises et de l’Association Care, les locaux et l’infrastructure, bien que « rustiques » permettent également l’accueil de camps et colonies de vacances pour les jeunes des Églises.

C’est dans cette même dynamique « Enfance et Jeunesse » que, un an plus tard, le pasteur de l’Église Baptiste de Lyon, Raimond Collet crée L’Envol, Colonie de Vacances dans l’Ain, aux confins du Jura et de la Suisse.

Les contraintes de croissance (1945-1960)

A la fin des années 40, l’ABEJ comprend donc deux œuvres, chacune à un bout de l’hexagone.

L’éloignement de leur siège, leur différence de nature, le souhait de mieux investir les Églises locales dans leur action sont à l’origine de la première décentralisation de l’ABEJ, avec la création de Comités locaux, responsables devant la structure nationale de la gestion courante.

La diminution des aides liées à la guerre, et le désengagement financier de la Fédération Baptiste allaient provoquer la deuxième évolution importante : le conventionnement d’une œuvre avec les pouvoirs publiques (DDASS).

C’est à ces deux évolutions que l’on doit le développement de l’ABEJ : 

  • Avec d’abord l’ouverture de La Clairière (1957), qui, sous l’égide de Daniel et Claudine Geoffriau, devient la deuxième Maison d’Enfants de nos Églises, c’est un premier tournant qui se dessine pour l’ABEJ .
  • Puis, toujours à Pierrefonds, l’ouverture de La Roseraie (1965), première Maison de Retraite de nos Églises.

Cette nouvelle orientation s’accompagnera d’une modification statutaire actant l’élargissement de son champ d’action et donnant à l’ABEJ son nom actuel : Association Baptiste pour l’Entraide et la Jeunesse.

Ce remplacement d’« enfance » par « entraide » ne témoigne cependant en rien d’un quelconque désintérêt pour les plus jeunes (camps et colonies s’enrichiront bientôt, sous l’impulsion de Lucien Clerc, du centre de vacances de La Granerie ) mais du désir de rester à l’écoute de nouveaux besoins.

Les trente « glorieuses » (1970 - 2000)

La période commence pourtant mal :

Suite à divers problèmes – manque de soutien effectif des Églises, projet pédagogique flou, difficulté de recrutement de personnel qualifié.. – l’œuvre de Trémel ferme et ses locaux sont vendus. A Pierrefonds, malgré le conventionnement de la Maison d’Enfants, la situation financière reste précaire.

C’est pourtant dans cette faiblesse que l’ABEJ va connaître un nouveau développement.

  • A Lille d’abord (1975), où sous l’impulsion de David BERLY va s’ouvrir une communauté de vie bientôt pleinement ouverte aux besoins des plus démunis. Quelques dates marquent ces débuts : le premier Centre d’Accueil de Jour, dans le Bus Accueil, sur la Place de la Gare (1985), puis « en dur » (1989)

  • Dans la vallée de l’Oise ensuite, avec en particulier JY THOBOIS et Michel FORST, c’est la naissance d’un projet associatif nouveau, fortement centré sur l’accueil des personnes les plus pauvres, qui conduira à l’ouverture d’un Service de Soins Infirmiers à Domicile (SSIAD) en 1983, d’un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale (CHRS) en 1986, d’une MAPAD (Maison d’Accueil pour Personnes Agées Dépendantes (La Vallée Verte) en 1991 et d’un Service socio-éducatif auprès des gens du voyage avec terrain d’accueil en 1995.

  • A ces différentes œuvres de la Vallée de l’Oise vient se joindre La Bergerie, œuvre née de l’Église Alliance de Paix de Soissons pour l’accueil de jeunes en difficulté, en particulier avec la drogue, que porteront pendant 20 ans Joachim et Anne MIRANDA.

Le dynamisme de ces œuvres, et le témoignage fort de ceux qui en étaient responsables auront un double effet :

  • d’abord de faire renaître dans un certain nombre d’Églises de la Fédération Baptiste la « tradition sociale » des Églises Baptistes : c’est la naissance de diaconies locales,souvent petites et peu connues, fragiles voire éphémères, mais qui témoignent bien du désir de « servir », mais qui parfois aussi, par leur situation géographique où du fait de la détermination sans faille de leur « promoteur », vont trouver toute leur place dans le dispositif mis en place par les pouvoirs publiques : c’est le cas de l’ABEJ Vitry née de la détermination de José VENTURA..

  • ensuite de mieux se faire connaître et d’attirer ainsi quelques œuvres « autonomes » du monde baptiste qui deviendront « membres associés » de l’ABEJ. C’est le cas, dans le domaine de la jeunesse, de l’œuvre des « Enfants à la Montagne » à Nice et de l’« Association Reguer » à Morlaix ; dans celui de l’entraide, de  « La Fraternité », Foyer de jeunes filles, et de « La Maison du Pain » - œuvre consacrée aux femmes en difficulté - toutes deux en région parisienne.

Le développement de ces actions, tant en nombre qu’en taille, survenant dans le même temps que se met en place au niveau administratif, la Régionalisation, va conduire l’ABEJ à un autre tournant : d’une ABEJ centralisée on va passer à une quasi autonomisation des œuvres, regroupées en ABEJ locales ou régionales.

Seul subsiste comme point commun entre elles, si l’on excepte les aspects patrimoniaux, le lien originel avec les Églises de la Fédération Baptiste : c’est ce lien que tente de faire vivre l’ABEJ Fédération Nationale.

L'ABEJ aujourd'hui

Au début du XXIème siècle, la situation est la suivante :

  • Certaines œuvres ont hélas disparu :

c’est le cas non seulement pour la maison d’enfants Le Foyer, à Trémel, lié à la naissance de l’ABEJ (1945) et qui, faute de réel soutien, ne survivra pas aux évolutions exigées par la tutelle,
et de nos « colonies » - L’Envol et La Granerie - qui, elles aussi, confrontées aux exigences de normes de sécurité croissantes et sans projet innovant ou économiquement viable, devront être cédées.

  • D’autres, soumises aux caprices des financements publics connaissent des évolutions diverses :

Lille

Suite à la vision des militants de l’Association d’élargir leurs bases, et sous la direction de Patrick PAILLEUX, l’ABEJ Lille, devenue ABEJ Solidarités a trouvé une large place dans le dispositif de lutte contre la précarité : Accueil de jour tout public, Accueil spécialisé, Travail éducatif de rue, Centre de santé, Accompagnement social, Hébergement d’urgence, Hôtel social, Aide au logement, Ateliers occupationnels et d’insertion professionnelle, Gestion locative, Lutte contre la grande précarité, Médiation culturelle.)

Avec quelques 140 salariés l’ABEJ Solidarités accueille annuellement plus de 5000 personnes en difficulté.

 

Picardie et région parisienne

L’ABEJ se trouve confrontée à une réduction de ses budgets qui la conduit à la recherche de nouveaux partenaires : c’est ainsi qu’est réalisée en 2004 la fusion-absorption entre « Rtryéunion Protestante de Charité Athanase Coquere »l et « ABEJ Picardie », donnant naissance à l’ABEJ Coquerel, aujourd’hui, avec quelques 600 salariés, constitue la plus grosse ABEJ, aujourd’hui présente dans trois domaines :

1. L’enfance en danger : 
Avec un Internat Placement Familal (4 mois et plus),une Maison d’Enfants à caractère social (MECS) « La Clairière » pour jeunes de 6 à 18 ans, un Service d’Accueil en Internat (SAI) pour jeunes de 3 à 21 ans, réparti sur 3 structures, un Service d’Accueil Educatif Différencié (SAED) pour jeunes de 14 à 21 ans,un Service d’Accueil de jeunes enfants (3 à 13 ans), un Service de chambres en ville pour jeunes majeurs (17-21 ans), œuvres situées pour la plupart dans la région parisienne.

2. La réinsertion sociale :

Avec 3 centres d’Hébergement et réinsertion sociale à Beauvais, Compiègne et Soissons, l’instruction des dossiers RMI et le service socio-éducatif pour gens du voyage à Compiègne, ainsi que la gestion du SAMU Social et de l’asile de nuit à Beauvais.

Un nouveau Centre d’Accueil vient d’être repris en gestion à Soissons et l’œuvre de Vieil Arcy (La Bergerie) est en cours de transfert à Villers Cotterets.

3. Les personnes âgées

Avec

  • 4 Etablissements d'Hébergement et d'Accueil pour personnes Agées (EHPAD) à Pierrefonds (60), Villemoisson (91), Gif sur Yvette (91) et Mitry-Mory (77)

  • un Service de Soins Infirmiers et d'Aide à domicile (SSIAD) dans l'Oise.

  • un Service de Soins Palliatifs à domicile dans l'Aisne.

 

Vitry

La Diaconie de Vitry, après un développement important dans le domaine de la prise en charge de la précarité (incluant Accueil de personnes en grande précarité, Domiciliation postale, Hébergement d’urgence, aide alimentaire et aide au logement) a longuement peiné à consolider sa place dans le dispositif mis en place localement et à conserver à son action ses valeurs initiales. C’est aujourd’hui chose faite et un projet immobilier de regroupement de ses activités sur un seul site est à l’étude.

Autres oeuvres et diaconies

A coté de ces œuvres « majeures » il convient également de citer « La Maison du Pain » à Chelles et son « annexe » de Pantin qui se consacrent à l'action auprès des femmes en difficulté, avec ou sans enfant.

Mais surtout, et indépendamment de ces œuvres aujourd'hui bien connues des tutelles et, de façon générale, reconnues pour leur savoir faire, l'ABEJ Nationale est le lieu de rencontre de diaconies d'Églises de la Fédération Baptiste oeuvrant dans les domaines les plus divers du champ social (Aide alimentaire et vestimentaire, Accueil et Aide aux sans papiers, Aide au logement, Lutte contre l'endettement, Soutien scolaire, Cours de cuisine...) en réponse à des besoins locaux non ou insuffisamment couverts localement.

Défi et enjeux

Les œuvres de l'ABEJ sont aujourd'hui, comme l'ensemble des œuvres chrétiennes, confrontées à deux grands défis :

 

1. Assurer leur pérennité :

L'histoire nous le montre : que ce soient Trémel, L'Envol ou La Granerie, toutes trois, faute d'avoir pu ou su adapter leur projet et faute d'avoir atteint une taille suffisante ont perdu leur crédibilité avant de disparaître.

De ces oeuvres pionnières, seule survit aujourd'hui La Clairière : elle ne doit cette survie qu'à une double restructuration, d'abord dans l'ABEJ Picardie, puis dans l'ABEJ Coquerel.

Or, demain plus encore qu'hier, les contraintes extérieures vont imposer à nos œuvres de se restructurer et d'atteindre une taille critique plus importante pour garantir à terme leur pérennité.

 

2. Maintenir leur sens :

Parviendront elles, dans le même temps, au travers des regroupements nécessaires, à « sauver leur âme » ?

Les contraintes de la professionnalisation et de « la laïcité » pèsent de plus en plus lourdement et expliquent, au moins en partie, le désintérêt croissant de nos Églises pour les œuvres qu'elles ont vu naître et parfois même créées.

A l'inverse, faute de renouvellement des professionnels et des bénévoles issus de nos communautés, le risque d'oubli par ces œuvres de leur sens originel est grand.

Objectifs actuels de l'ABEJ Nationale

Dans ce contexte, le rôle de l'ABEJ Fédération nationale aujourd'hui est :

  • de sensibiliser les Églises de la Fédération Baptiste à la nécessité d'intégrer à leurs projets une dimension sociale et de les y aider (Conseils ; Fiches pratiques ...)

  • de stimuler et d'aider à la création et au développement d'actions locales, ainsi qu'à la mise en place de partenariats (Fédération de l'Entraide Protestante)

  • de rassembler ceux qui s'investissent dans ce travail et de leur offrir un lieu de réflexion sur leurs pratiques et sur le sens de leurs actions (Organisation de rencontres).

  • d'inciter les jeunes des Églises de la Fédération Baptiste à s'orienter vers les métiers du sanitaire ou du social (Mise en place de bourses).

  • d'aider au développement des œuvres en place (Diversification, Partenariats, Innovations ...)

  • de garantir leur ancrage dans le monde des Églises (Création d'une Fondation Individualisée dans le cadre de la Fondation du Protestantisme).

Alain Brabant, Président de l'ABEJ Nationale