Pourquoi commémorer la Réforme ?

De nombreux événements ont jalonné cette année marquant les 500 ans de la Réformation. En 1517, le moine Martin Luther défendait 95 thèses qui allaient révolutionner son époque. Cet acte, que l'on peut qualifier de subversif, ouvrait la voie au Protestantisme dont le Baptisme est une des branches. Mais pourquoi commémorer la Réforme ? Je laisse la réponse à cette question au Dr Neville CALLAM, Secrétaire général de l'Alliance Baptiste Mondiale. Sa réflexion mérite notre attention et nous voulons, en éditant cet article en français, honorer ce grand serviteur de notre mouvement international alors que Neville laisse sa place au Dr Elija Brown, après 10 années au secrétariat général de la Baptist World Alliance.

Marc DEROEUX - Secrétaire général de la FEEBF

Commémorer la Réformation

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L'Église, qui est la création de la Parole de Dieu et de l'Esprit de Dieu, appartient à Dieu. Elle est sainte, et la sainteté de l'Église contraste avec le péché individuel et communautaire. Historiquement, le péché, qui va à l'encontre de la nature et de la vocation de l'Eglise, a défiguré le témoignage de l'Eglise.

Dieu le Saint-Esprit permet la réforme et le renouveau dans la vie du peuple de Dieu qui a la vocation de servir la mission de Dieu pour l'humanité et toute la création. Sans surprise, les mouvements de réforme sont apparus dans l'Eglise tout au long de son histoire.

Des mouvements spécifiques, surtout depuis le XIIIe siècle, ont été associés au terme Réforme.

Cela ne doit pas nous faire perdre de vue le fait que, encore et encore, dans divers contextes ecclésiaux antérieurs à l'an 1200, l'Église historique a connu un renouveau dans son pèlerinage terrestre. À cet égard, Kurt Cardinal Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, a rappelé : "La Réforme est une preuve évidente, affirme-t-il, qu'une véritable réforme de l'Église ne peut venir que d'une profonde rencontre avec la Parole de Dieu, dans laquelle l'Église trouve sa véritable identité. Cependant, poursuit-il,"il est inapproprié de confondre réforme et Réformation. ... [R]eform a un rayon plus large que la Réformation."

Nous ne devrions pas croire qu'avec cette affirmation, le cardinal Koch suggère qu'il n'y a pas de bonne raison pour justifier la commémoration de ce qu'on a appelé la Réforme Magistrale ou classique. Cet événement, que j'identifierai comme «la Réforme», est lié à la tradition de Martin Luther qui a publié ses quatre-vingt-quinze thèses sur la porte de l'église du château de Wittenberg le 31 octobre 1517. Le jubilé de la Réforme de cette année marque ce développement monumental dans l'histoire de l'Eglise qui a annoncé l'aube d'un nouvel âge et qui s'est répercuté dans le monde entier.

Les baptistes célèbrent le patrimoine de la Réforme qui est partagé par les Eglises protestantes et évangéliques. Nous sommes reconnaissants pour l'importance renouvelée accordée par la Réforme à certaines idées qui sont fondamentales à notre compréhension de l'Évangile que nous croyons, à l'Église dans laquelle nous trouvons une place et à la mission que Dieu a confiée à l'Église de Dieu.

De nombreuses caractéristiques de la Réforme nourrissent la tradition baptiste.

Ceux-ci comprennent l'accent mis sur la souveraineté de Dieu ; la déclaration que la Bible est la source première et fondamentale d'autorité dans la vie du peuple de Dieu ; la redécouverte de l'Évangile de la grâce de Dieu offerte aux êtres humains indignes qui sont justifiés par la foi ; et l'affirmation de la place centrale dans le culte public de la Parole prêchée fondée sur la Bible - ce témoignage inépuisable de la Parole Vivante. Comme l'a affirmé Timothy George, historien de l'Église baptiste et théologien, "il y a, pour le dire avec audace, une présence ex opere operato de la Parole de Dieu dans la Parole prêchée."

Comme beaucoup d'autres chrétiens, les baptistes accueillent avec joie la commémoration de la Réforme. Rappelant la Réforme elle-même, le théologien baptiste allemand Uwe Swarat affirmait récemment que "l'ecclésiologie baptiste serait historiquement inconcevable sans l'ecclésiologie de Martin Luther et qu'elle correspondait plus étroitement à la compréhension de l'Église par Luther que ne le reconnaissent même de nombreux baptistes."

Les baptistes reconnaissent avec les autres Communions chrétiennes mondiales la dette envers les mouvements de réforme qui se sont manifestés au sein de l'Église, en particulier du XIIIe au XVIIe siècle.

Des ombres au tableau teintées de la lumière du pardon

La reconnaissance que les baptistes offrent à Dieu pour les dons de la Réforme est cependant teintée de tristesse à cause des conséquences négatives de certains événements associés à la Réforme. Nous ne sommes pas prêts à minorer le danger auquel l'Église fait face quand elle conclut des alliances avec un pouvoir séculier qui impose une compréhension du bien-être social basée sur sa propre interprétation de ce qui est bien pour chacun. En outre, la violence, la répression et la persécution qui ont accompagné la Réforme ne peuvent nous laisser indifférents. Comme l'a noté un jour Timothy George, "la Réforme a produit plus de martyrs que toutes les persécutions dans l'Eglise primitive."

Les baptistes ont entendu avec tristesse les arguments théologiques avancés pour justifier la persécution des dissidents religieux. Heureusement, ils ont également été témoins, avec satisfaction, des processus menant à la guérison des mémoires, processus rendus possibles par les Eglises qui reconnaissent ce que leurs ancêtres ont fait, puis se repentent devant Dieu et devant ceux dont leurs ancêtres ont sévèrement injuriés. La réponse est généralement une offre joyeuse du pardon.

Les dirigeants de l'Église réformée en Suisse ont exprimé comme "leur conviction actuelle" que les actions de leurs ancêtres représentent "une trahison de l'Évangile" et que leurs "ancêtres réformés étaient dans l'erreur" quand ils persécutaient d'autres chrétiens. Ce genre de déclaration clôt de belle manière l'histoire des réformateurs radicaux et de leurs partisans. Cela a aidé à effacer les souvenirs douloureux de ceux qui peuvent maintenant abandonner leur statut de victimes.

Du schisme à l'unité ?

Les baptistes ne prétendent pas non plus ignorer la conséquence involontaire majeure de la Réforme en réponse à l'Église catholique à savoir la rupture créée dans la chrétienté. Les événements associés à la Réforme ont précipité un schisme regrettable qui a mis en mouvement encore plus de division dans le Corps du Christ.

Les baptistes sont une des conséquences de la dissidence de la Réforme. Nous sommes reconnaissants pour les dons que Dieu nous a gracieusement révélés. Nous sommes également conscients des dons que Dieu a donnés à d'autres expressions de l'Eglise. Nous sommes convaincus que le partage et l'acceptation des dons des uns et des autres nourrirssent l'Église en chemin avec le Dieu trinitaire. Les Eglises ont besoin les unes des autres avec leurs dons communs et uniques.

À la lumière de l'unité que Dieu a donnée à son Eglise comme une vocation, les baptistes déplorent le scandale de la division dans le Corps du Christ. Pour cette raison, lorsque l'Alliance Baptiste Mondiale a rédigé son message du Congrès pour son centenaire en 2005, elle incluait une déclaration de repentance pour l'échec de la vocation à prier et à rechercher la manifestation de l'unité de l'Eglise. L'ABM s'est également engagée à faire tous ses efforts pour surmonter l'échec avoué.

Regardant vers l'avenir, les baptistes partagent la conviction si clairement identifiée par le théologien baptiste britannique, Brian Haymes, qui a dit: "Il y a finalement une sainte Eglise universelle et apostolique et beaucoup d'entre nous prient pour qu'elle puisse s'exprimer sur terre."

Image (Pourquoi commémorer la Réforme ?) Que ce jubilé de la Réforme alimente la recherche continue de nos Eglises pour un engagement plus profond envers l'Evangile et une recherche permanente de renouveau et de réforme. Et que notre quête inébranlable de l'unité visible demeure une caractéristique permanente de notre pèlerinage chrétien !

Neville CALLAM

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