La France sécularisée : menace ou opportunité pour l’Évangile ?

L'ÉDITO DU MOIS D'OCTOBRE DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL

Ce texte a été présenté par Marc Derœux pendant la rencontre des communicants des Églises membres de la CEC (Conférence of European Churches) à Paris ainsi que pendant le Conseil de la Fédération Baptiste Européenne.

Quelques données statistiques pour commencer...

Image (La France sécularisée : menace ou opportunité pour l’Évangile ?) 63 % des Français ne s'identifient à aucune religion. Selon de nombreuses études, la majorité des Français se considère comme athées. Selon l’étude de l’association de sondages WIN/Gallup International, spécialiste de la question religieuse, un tiers des Français se disent être « non religieux » et presque un autre tiers « athées ». Cependant, avoir la foi et pratiquer sa religion sont deux choses distinctes. Selon l'étude de Gallup, une part importante de sondés déclarant appartenir à une religion ne la pratiquent pas pour autant. La tendance à l'athéisme est mondiale d'après les critères établis par l'étude Gallup. Dans le top 5 des pays athées (sur 50 pays interrogés), la France tient la 4e place, derrière la Chine, le Japon et la République tchèque.

Mais nous constatons aussi une grande ignorance de nos contemporains au sujet du Christianisme, et en particulier du Protestantisme.

Être enfant de pasteur n’est pas toujours facile à vivre. Nos enfants en ont fait l’expérience dès leur entrée à l’école. Comment parler du métier de son père dans un environnement qui ignore beaucoup du Christianisme, et plus particulièrement du Protestantisme ? Un soir, notre fille alors âgée de 8 ans nous dit en rentrant de l’école : “Tout le monde croit que tu es un prêtre qui a le droit de se marier et d’avoir des enfants. Et ils trouvent cela super !”

La plus grande menace pour la foi chrétienne, c’est le sécularisme… et la sécularisation dans nos Églises !

Le sécularisme, fruit de la sécularisation, tend à évacuer la conscience religieuse non seulement de l’espace public mais aussi de la sphère privée. Après avoir connu de nombreux sens possibles, la sécularisation peut être envisagée comme la conception d’une société, non pas sans Dieu, mais sans Église. Dans un sens plus précis, la sécularisation libère la société de la tutelle des religions, c’est-à-dire, en définitive, de leurs organes d’autorité, les Églises en tant qu’institutions.

Le sécularisme, c’est la version “dure” de la sécularisation ; on peut voir derrière ce terme la religion du non-religieux ! Mais c’est aussi une opportunité, car elle ouvre un nouvel espace à la spiritualité. Nous constatons que nos contemporains sont en quête de spiritualité, sous la forme d’une recherche de bien-être intérieur, d’une recherche de Dieu et de sens à l’existence. Peut-on ici parler d’authenticité dans l’idée de sincérité et non de vérité indubitable ? Attirance vers des spiritualités nouvelles hors des sentiers traditionnels que sont les religions conventionnelles et établies comme le Christianisme. Si c’est une déconvenue pour le Christianisme, c’est en fait une chance pour les chrétiens !

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Le Conservatisme et le Progressisme trouvent leur équilibre avec le réformisme, central dans la pensée protestante avec le fameux “Ecclesia semper reformanda est” popularisé en 1947 par le théologien Karl Barth reprenant une citation de Saint Augustin. Le président français actuel, Emmanuel Macron, a été un disciple du philosophe Paul Ricoeur, de confession protestante. Paul Ricoeur a travaillé en particulier sur la philosophie morale et politique, s’inspirant de Max Weber pour une éthique de responsabilité et une éthique de conviction. L’exemple et l’enseignement de Jésus lui-même n’ont sûrement pas été étrangers aux discours de ces deux penseurs. On peut peut-être comprendre pourquoi Macron refuse les vieux clivages gauche/droite pour amener le débat politique, et donc économique et social, sur le champ du progressisme face au conservatisme. On pourrait attendre ici quelques échos à la théorisation du progrès social chez Hegel !

Cependant, entre progressisme et conservatisme, le chemin de la responsabilité se dessine. Chemin dans lequel le baptisme trouve toute sa légitimité. Basé sur la liberté de conscience, laissant à chacun la responsabilité de se positionner face à la vérité sur Dieu, la baptisme ouvre un chemin de foi vers des communautés de croyants authentiques. Un glissement s’est opéré de l’idée de sécularisation à la reprise de l’opposition chère à Karl Barth entre foi et religion et à la désacralisation de la religion. Une désacralisation pour plus de sainteté, c’est-à-dire d’authenticité de vie ?

L’histoire du baptisme en France, mais ailleurs dans le monde, est traversée par l’équilibre à maintenir entre progressisme et conservatisme, en choisissant le réformisme qui consiste à accepter le changement sans renier le fondement. Dans les années 1920, un schisme a fracturé en deux grandes familles le baptisme français, dont les balbutiements datent du début du 19ème siècle dans le Nord de la France comme en Bretagne. Ce schisme a mis en relief les deux tendances caricaturales du baptisme : un baptisme doctrinal et un baptisme social. Pourtant l’un et l’autre sont complémentaires et non contradictoires.

Le premier défend un témoignage basé sur la doctrine et sur sa stricte obédience, pour une foi pure. Le second promeut une expression de foi impliquée dans la société, ouverte sur le monde et coopératrice pour l’avancement du Royaume de Dieu, pour une foi offerte. Mais cette tension devrait être prolifique pour une meilleure invitation à nos contemporains à suivre le Christ non seulement comme croyants, mais comme disciples, non seulement comme disciples mais aussi comme témoins. Et le baptême est le rappel fort et publique de cette conscience que la foi en Christ est transformatrice en moi et à travers moi ! La communauté des croyants est le lieu privilégié où s’encourager pour vivre cette foi que l’on prie authentique. Le baptisme, dans son ecclésiologie, insiste sur cette dimension communautaire et non communautariste avec l’idée de congrégation.

Il y a deux ans, je reçois au Siège de notre Fédération un couple de baptistes brésiliens désirant travailler comme missionnaires en France. A la fin de la conversation, ils me posent cette question : “Qu'est ce qui vous aiderait le plus ?”. Après un temps de réflexion, j’ai répondu : “Vivre au milieu de la communauté une vie chrétienne engagée et authentique pour encourager les autres chrétiens de nos Églises et leur montrer que c'est possible”. Oui, c'est possible de croire, et de vivre sa foi, et de dire sa foi !

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La sécularisation a gagné trop de chrétiens dans nos Églises baptistes elles-mêmes. En cela, la sécularisation dans nos communautés reste la plus grande menace pour l’expansion de l’Évangile. Nous pouvons relever ce défi par l'éducation et la formation dans nos communautés misant non seulement sur le savoir, mais sur le savoir-faire et surtout le savoir-être ! S'appuyant notamment sur la pensée paulinienne en Ephésiens 4.15, amour et vérité sont les deux vecteurs pour ajuster jour après jour notre chemin, certes chemin de crête, pour une vie authentique et une foi qui donne envie de la Vie. Pour cela, il nous faut accepter de changer notre langage, sans dénaturer le discours de l’Évangile.

Comment parler de Dieu à une société pour laquelle ce mot même a perdu son sens ? Telle est l’interrogation cruciale d’Harvey Cox, théologien américain du 20ème siècle, dans son ouvrage paru en 1965 The Secular City. Interrogation à laquelle il répond, tant bien que mal, par une transformation du langage, qui devient sécularisation du langage religieux. Le Dieu annoncé à la cité séculière ne peut l’être que par la médiation de l’action sociale et politique de ceux qui en apportent et en portent le témoignage. Car Dieu en Jésus a décidé de faire connaître son Amour infaillible à travers notre amour faillible, et de révéler la Vérité sur sa Vie à travers la vérité relative de nos vies…

Notre fille qui a maintenant 20 ans n’a toujours pas peur de témoigner de sa foi, de façon naturelle et sans complexe. Elle ne s’embarrasse pas des problèmes théologiques, au contraire de ses deux frères aînés. Récemment, lors d’une sortie en ville avec une de ses nombreuses amies qui ne fréquentent aucune Église, la discussion porte sur pourquoi croire en Dieu et pourquoi aller à l’Église. Mickaëla, notre fille, a simplement proposé à son amie de l’accompagner un dimanche matin dans l’Église Hillsong du secteur, histoire de l’attirer par la musique. Convaincue, cette amie est disposée à aller plus loin maintenant, mais toujours accompagnée de notre fille qui se rend disponible pour cela.

Nous constatons en France que la croissance de ces deux dernières décennies est en grande partie le fruit du témoignage personnel de chrétiens authentiques. Des chrétiens qui ne cachent pas la vérité sur leurs faiblesses et leurs erreurs, mais qui osent manifester un amour vrai pour Jésus en le montrant par un comportement bienveillant. Notre Fédération essaie donc d'encourager nos jeunes et nos familles à vivre leur joie d'appartenir à Jésus-Christ, sans pression de résultats mais avec authenticité. C’est vivre simplement et paisiblement le Shalom !

L’événement Jeunesse de cette année invite les jeunes de nos églises, ils étaient 400 en 2015, à vivre la révolution : Jésus a démarré une révolution il y a 2000 ans… Es-tu prêt pour la révolution ? Qu’est-ce que ça change pour toi ? Comment porter cette révolution aujourd’hui ?

À vous de jouer !

Marc DERŒUX

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