"Dieu et César" ou "Dieu ou César" ?

Nous venons de vivre une campagne présidentielle que beaucoup ont qualifié d'inédite. En effet, tous les codes du "politiquement correct" semblent avoir été bousculés, jusqu'à l'élection du plus jeune Président que la République Française ait connu, et ce sans avoir affronté lui-même le verdict des urnes auparavant. Au-delà de la violence verbale, d'une médiatisation à outrance voire outrancière pour certains, cette élection a été, pour ma part, intéressante. Avec une couverture omniprésente de la campagne dans tous les médias, traditionnels comme journaux, radios et télévisions, et innovants comme les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, etc.), tous nos concitoyens, certes pour beaucoup écoeurés par certains propos des candidats en lice, se sont, parfois malgré eux, intéressés à cette élection, allant même jusqu'à revendiquer leur abstention au premier comme au second tour. Cette campagne fut aussi intéressante par la vague inattendue qu'elle a suscitée et qui s'est fracassée sur le bien-pensant politique. Elle a enfin permis d'interroger notre rapport au pouvoir, en particulier en tant que chrétiens. Cette question du lien avec le pouvoir politique a été posée, en son temps, à Jésus lui-même !

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La réponse de Jésus fut sans concession : "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu" Mat. 22:21

Jésus va déjouer le plan machiavélique tendu par ses adversaires coalisés, pharisens, sadducéens, hérodiens. Jésus n’est pas dupe des intentions fourbes de ses interlocuteurs. Le Christ ne les aborde pas de front - bien que certains manuscrits portent la version "Pourquoi me tentez-vous ?" -, mais il va profiter de cette occasion pour donner un enseignement. L’humour dans la pédagogie ou la pédagogie dans l’humour !

Jésus fonde sa réponse sur un élément de la vie économique quotidienne, un denier.

Image (Le denier, monnaie romaine, équivalait à une journée de travail. Jésus ne montre pas un denier sorti de sa poche, mais il demande à ses contradicteurs un denier de leur poche. Il veut ainsi les placer devant leur incohérence pour mieux interroger leur responsabilité.

Le paiement de l’impôt, le census en latin, impôt personnel, était ressenti comme une obligation humiliante par les patriotes juifs. Si Jésus répond "Oui" à la question "Est-il permis ou non de payer la capitation à César ?" (version NBS), il se discrédite aux yeux de beaucoup de juifs. Si Jésus répond "Non" à cette même question, il était alors légitime de le dénoncer aux autorités romaines pour rébellion à l’ordre établi.

Jésus choisit une voie que ses interlocuteurs n’avaient pas eux-mêmes imaginée.

En apportant un denier à l’effigie de l'empereur César, les adversaires de Jésus démontrent implicitement leur sujétion à l’empire qu’ils dénigrent par ailleurs. Ils utilisent en effet SA monnaie. Ils acceptent un système économique et en profitent tout en le décriant. Jésus ne remet pas en question cet état de fait, mais il en souligne les limites en mettant en lumière les incohérences humaines.

La réponse de Jésus n’est pas un plaidoyer pour l’indépendance stricte entre César et Dieu, chacun de son côté.

Jésus veut rappeler à ses interlocuteurs leurs responsabilités, celle de payer les impôts puisqu’on est prêt à en retirer les avantages et celle de donner à Dieu la place qui lui revient, et donc de vivre en conformité avec la voie de Dieu selon la vérité. Placés devant leurs responsabilités mal assumées, les adversaires de Jésus ne peuvent que garder le silence.

De quoi nous laisser faire les “poches” par Jésus de temps en temps !

La tentation peut être grande de vouloir imposer ses positions, que l'on croit sûrement justes et bonnes, par les moyens politiques. Mais à l'écoute du Christ, nous sommes plutôt encourager à partager nos convictions avec authenticité, honnêteté et responsabilité. De quoi nous engager à prier pour nos responsables politiques certes, mais aussi à manifester à tous nos contemporains la paix que seul le Christ apporte ! Une attitude qui nous permettra alors de les rejoindre pour mieux les convaincre de se laisser trouver par Jésus.

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"On rend à César l’image de César qui est sur la monnaie et à Dieu l’image de Dieu qui est en l’homme; ainsi tu donnes à César une monnaie et à Dieu ta propre personne." Saint Augustin

"Père céleste plein d’amour, merci pour les leaders que tu nous donnes. Aide-moi, même lorsque cela me semble impossible, à rendre l’honneur qui est dû autant aux dirigeants du pays qu’à toi, le Dieu de l’univers et à être un bon citoyen sur terre comme dans les cieux." Thomas Froese

Marc DEROEUX

Secrétaire Général de la FEEBF

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